Partir vivre à l’étranger avec une pension modeste, beaucoup de retraités français y pensent sans franchir le pas. Le frein principal reste la peur de l’inconnu, notamment sur les prix réels une fois sur place. Bonne nouvelle : dans plusieurs pays prisés par les retraités, l’inflation a nettement ralenti depuis 2023, ce qui redonne du pouvoir d’achat concret aux pensions versées en euros.
Pourquoi le coût de la vie baisse dans ces pays en 2024-2025
Après les pics d’inflation de 2022, plusieurs destinations populaires chez les retraités ont vu leurs prix se stabiliser. Au Portugal, la Banque du Portugal rapporte une inflation moyenne retombée à environ 2 % en 2024, après un pic au-delà de 8 % en 2022. La baisse est marquée sur l’énergie et sensible sur l’alimentaire.
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En Thaïlande, le phénomène va encore plus loin. La Bank of Thailand indique une inflation globale proche de zéro sur 2024, avec des épisodes de légère déflation des prix alimentaires. Pour un retraité qui touche sa pension en euros, cette stabilité des prix locaux combinée à un taux de change favorable change la donne au quotidien.
Cette décrue n’est pas anecdotique. Elle signifie que les classements établis en 2022 ou 2023, quand tout flambait, sous-estimaient l’attractivité actuelle de ces destinations. Un retraité qui s’installe aujourd’hui retrouve des conditions proches de celles d’avant-Covid en termes de pouvoir d’achat local.
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Portugal, Espagne, Grèce : le trio européen au banc d’essai fiscal
Le Portugal reste en tête du classement 2025 de Retraite sans Frontières, devant l’Espagne et la Grèce. Selon Paul Delahoutre, fondateur du site, le coût de la vie est le critère le plus déterminant pour les retraités français qui envisagent l’expatriation. Le climat, la qualité des soins et la proximité géographique complètent le tableau.
Portugal : des prix stables mais des règles fiscales en mouvement
Le régime fiscal portugais a beaucoup évolué ces dernières années. L’ancien statut de résident non habituel (RNH), qui permettait une exonération quasi totale des pensions étrangères, a été modifié. Les retraités déjà installés sous ce régime conservent leurs avantages, mais les nouveaux arrivants font face à des conditions différentes.
Le coût de la vie reste néanmoins inférieur à celui de la France, notamment en dehors de Lisbonne et Porto. L’Algarve et l’Alentejo offrent des loyers et des prix alimentaires nettement plus bas que la moyenne française.
Grèce : un visa plus exigeant qu’il n’y paraît
La Grèce attire par ses prix bas et son climat. Un détail mérite attention : la loi 5038/2023 a relevé le seuil de revenus exigé pour le visa de résidence « indépendant financier ». Les petites pensions sous un certain seuil ne permettent plus d’obtenir ce visa, ce qui exclut une partie des candidats à l’expatriation. Vérifier les conditions actuelles auprès du consulat grec avant tout projet est la première étape à ne pas sauter.
Asie du Sud-Est et Amérique latine : vivre mieux avec moins, sous conditions
La Thaïlande, le Mexique ou le Costa Rica reviennent systématiquement dans les classements. Les prix y sont effectivement bas. Un repas au restaurant en Thaïlande coûte une fraction de son équivalent français. Les soins dentaires ou médicaux courants sont accessibles à des tarifs très compétitifs.
Mais ces destinations posent des questions que les classements survolent trop vite.
- La Thaïlande impose des conditions strictes pour le visa Long-Term Resident (LTR) : des seuils de revenus et de patrimoine élevés, difficiles à atteindre avec une pension modeste. Le visa touriste renouvelé tous les trois mois n’est pas une solution pérenne.
- Le décalage horaire et la distance compliquent les allers-retours vers la France. Pour un retraité avec des enfants et petits-enfants en métropole, l’éloignement reste le frein numéro un à l’expatriation lointaine.
- La couverture santé locale peut être excellente dans les hôpitaux privés des grandes villes, mais très inégale en zone rurale. Une assurance santé internationale adaptée aux seniors représente un coût mensuel à intégrer au budget.

Maroc et Turquie : proximité et coût de la vie réduit, mais des nuances
Le Maroc est une destination historique pour les retraités français. La langue, la proximité (trois heures d’avion), le climat et les prix bas en font un choix logique. Avec une pension moyenne, on peut y vivre confortablement dans des villes comme Agadir ou Essaouira.
La Turquie offre des prix encore plus bas, mais la volatilité de la livre turque crée une situation paradoxale. Les retraités payés en euros bénéficient d’un pouvoir d’achat qui fluctue fortement d’un mois à l’autre. Cette instabilité monétaire rend le budget mensuel difficile à prévoir sur le long terme.
Ce que les classements ne pondèrent pas assez
La plupart des palmarès attribuent une note au coût de la vie, au climat, à la sécurité. Ils intègrent rarement deux facteurs pourtant décisifs :
- La convention fiscale bilatérale avec la France, qui détermine où vos pensions sont imposées et à quel taux. Sans cette vérification, un retraité peut se retrouver imposé dans les deux pays.
- L’accès effectif au système de santé local pour un non-résident permanent. Avoir droit à des soins sur le papier et pouvoir consulter un spécialiste dans un délai raisonnable sont deux choses différentes.
- Le coût réel du logement dans les zones où vivent les expatriés, souvent supérieur aux moyennes nationales affichées dans les classements.
Retraite à l’étranger : les critères à vérifier avant de partir
Vous avez repéré un pays qui vous attire par ses prix et son climat. Avant de faire vos cartons, quelques vérifications évitent les mauvaises surprises. Le site Retraite sans Frontières pondère ses classements sur une dizaine de critères, dont le pouvoir d’achat (qui pèse pour 20 % de la note), le climat (15 %), la qualité des soins, la sécurité et l’accessibilité depuis la France.
Parmi ces critères, l’accessibilité depuis la France pèse autant que la sécurité dans le choix final des retraités. Un vol direct à moins de trois heures change radicalement le vécu de l’expatriation, surtout quand la famille reste en métropole.
Le classement 2025 confirme la domination des pays européens proches. Le Portugal, l’Espagne et la Grèce trustent le podium, devant des destinations plus lointaines comme la Thaïlande ou le Costa Rica. Ce n’est pas un hasard : la proximité géographique compense souvent un coût de la vie légèrement plus élevé que dans les pays d’Asie ou d’Amérique latine.
Un dernier point rarement mentionné : la baisse de l’inflation dans ces pays ne garantit pas que les prix resteront bas. Les afflux de retraités étrangers dans certaines zones (Algarve, îles grecques, Chiang Mai) font monter les loyers locaux. S’installer légèrement en dehors des zones les plus prisées reste la meilleure façon de profiter durablement d’un coût de la vie réduit.

