Un médecin retraité qui reste inscrit au tableau de l’Ordre conserve un droit de prescription limité. Ce droit, strictement encadré, impose d’adapter le modèle d’ordonnance pour éviter tout refus de remboursement en pharmacie et toute mise en cause devant la chambre disciplinaire. La confusion entre médecin retraité inscrit et médecin radié reste la première source d’incidents.
Identifiants sur l’ordonnance d’un médecin retraité : RPPS, ADELI et numéro AM
Le point technique le plus mal compris concerne les identifiants à faire figurer sur le papier à en-tête. Après la cessation d’activité, le numéro ADELI et le numéro Assurance Maladie (AM) correspondent à un dossier qui n’existe plus pour la CPAM.
Toute ordonnance présentant un identifiant ADELI sera refoulée au moment de la demande de remboursement. Le pharmacien ne peut pas traiter une prescription associée à un praticien inconnu du système de facturation.
Le seul identifiant professionnel à conserver est le numéro RPPS. Sur un ancien papier à en-tête où le numéro ADELI figure encore, il faut le rayer manuellement et ne laisser visible que le RPPS et le numéro d’inscription au tableau départemental de l’Ordre.
Un numéro fictif de facturation est ensuite attribué automatiquement par le pharmacien ou la CPAM, sans démarche du prescripteur. Ce mécanisme permet le remboursement du patient malgré l’absence de convention avec l’Assurance Maladie.

Prescrire hors du cercle familial : le risque de refus de remboursement et de contestation ordinale
La prescription d’un médecin retraité inscrit au tableau est réservée à lui-même et à ses proches. Le praticien peut d’ailleurs être déclaré comme son propre médecin traitant ou comme médecin traitant d’un membre de sa famille.
La question qui se pose en pratique : un médecin retraité peut-il prescrire à une personne extérieure à ce cercle familial sans exposer l’officine à un refus de prise en charge ?
La réponse est claire. Le cadre actuel circonscrit la prescription aux proches, et l’acte doit rester gratuit. Prescrire pour un voisin, un ancien patient ou une connaissance éloignée sort du périmètre autorisé. Le pharmacien qui exécute une telle ordonnance prend le risque d’un rejet lors du traitement du dossier par la CPAM, faute de convention active du prescripteur.
Du côté ordinal, une prescription régulière à des tiers non proches peut être requalifiée en exercice médical déguisé, ce qui expose à une procédure disciplinaire. Le médecin retraité ne bénéficie plus du cadre conventionnel qui protège un praticien en activité.
Rester dans son champ de compétence
Même pour ses proches, le médecin retraité doit prescrire dans les limites de sa compétence. Un ancien généraliste qui rédige une ordonnance relevant d’une spécialité qu’il n’a jamais exercée s’expose aux mêmes risques qu’un praticien en activité dépassant son champ. La responsabilité civile professionnelle reste engageable.
Modèle d’ordonnance conforme pour un médecin retraité
L’en-tête de l’ordonnance doit être adapté pour refléter le statut exact du prescripteur. Voici les mentions à faire figurer :
- Nom, prénom et qualité : « Docteur [Nom], médecin retraité inscrit au tableau de [département] sous le numéro [numéro d’inscription] »
- Adresse du domicile, numéro de téléphone et adresse mail
- Numéro RPPS (seul identifiant professionnel valide après la retraite)
- Aucune mention du numéro ADELI ni du numéro AM (les rayer s’ils figurent sur un ancien papier)
La mention « médecin retraité » n’est pas un détail cosmétique. Elle informe le pharmacien du statut du prescripteur et permet à l’officine d’appliquer la procédure correcte de facturation avec le numéro fictif.
Papier libre ou papier à en-tête
L’ordonnance peut être rédigée sur papier à en-tête personnel, manuscrite ou imprimée. Il n’y a pas d’obligation de recourir à un logiciel de prescription. Le format papier libre reste valide à condition que toutes les mentions obligatoires y figurent.

Inscription au tableau et assurance RCP : deux prérequis non négociables
Deux conditions déterminent la légalité de toute prescription par un médecin retraité.
La première est l’inscription active au tableau de l’Ordre. Un médecin qui a demandé sa radiation ou qui a été radié ne peut plus prescrire du tout, ni pour lui-même ni pour ses proches. La distinction entre « retraité inscrit » et « radié » est la ligne de partage fondamentale.
La seconde est le maintien d’une assurance en responsabilité civile professionnelle. Même si la prescription est gratuite et limitée aux proches, une erreur reste possible. Un effet indésirable grave, une interaction médicamenteuse mal évaluée : sans RCP, le praticien supporte seul les conséquences financières d’une mise en cause.
- Vérifier chaque année que l’inscription au tableau est bien renouvelée auprès du conseil départemental
- Conserver une attestation de RCP à jour, même avec une cotisation réduite adaptée à l’activité limitée
- Ne jamais prescrire après une radiation, même temporaire, sous peine de poursuites pour exercice illégal de la médecine
Durée de validité et renouvellement d’une ordonnance de médecin retraité
La durée de validité d’une ordonnance rédigée par un médecin retraité suit les mêmes règles que toute ordonnance médicale. Le pharmacien dispose en principe de trois mois pour la première délivrance, sauf mention contraire du prescripteur ou réglementation spécifique à certaines catégories de médicaments.
La difficulté pratique survient au renouvellement. Un traitement chronique prescrit par un médecin retraité à un proche nécessite une réévaluation régulière. Renouveler mécaniquement sans rééxaminer le patient constitue une faute, quel que soit le statut du prescripteur.
Pour les médicaments à prescription restreinte ou les stupéfiants, les règles habituelles de durée maximale et de support sécurisé s’appliquent intégralement. Le statut de retraité ne crée aucune dérogation sur ces points.
Le modèle d’ordonnance d’un médecin retraité n’a rien de complexe en soi. La difficulté réside dans le respect strict du périmètre autorisé : proches uniquement, gratuité, compétence maintenue, inscription au tableau vérifiée. Une ordonnance techniquement bien rédigée mais adressée à la mauvaise personne reste une ordonnance à risque, autant pour le prescripteur que pour l’officine qui l’exécute.

